Baromètre Citoyen de la Paix, la Sécurité et les Droits de l’Homme
Numéro 09, nov. – 15 décembre 2025
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Réalisé et produit par la Coalition Pamoja kwa Amani .
Résumé exécutif
À l’est de la République Démocratique du Congo, la répétition des événements semble inévitable : les mois passent et se ressemblent. Malgré la signature d’accords censés instaurer la paix, ceux-ci ne sont jamais respectés sur le terrain. Parallèlement à ces manquements, les civils demeurent les principales victimes, continuant à subir les conséquences d’une situation humanitaire préoccupante. Les violations des droits de l’homme, quant à elles, persistent et s’étendent, affectant de nombreuses zones du territoire.
Le mois de novembre et la première quinzaine de décembre 2025 ont été marqués par une succession d’événements significatifs. Sur le plan diplomatique, plusieurs avancées ont été réalisées, notamment avec la signature, à Doha, au Qatar, de l’accord-cadre le 15 novembre 2025 entre le Gouvernement de la RDC et le Mouvement de l’Alliance Fleuve Congo/du 23 mars (AFC-M23). Par ailleurs, le 4 décembre dernier, l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda a été officiellement entériné par les chefs d’État des deux pays, Félix-Antoine Tshisekedi et Paul Kagame, sous le parrainage du président des États-Unis, Donald Trump.
Au même moment, sur le plan militaire, les affrontements n’ont connu aucun répit et la guerre s’est intensifiée sur l’ensemble des lignes de front. Cette escalade, paradoxalement, s’est accentuée après la validation de l’accord de Washington par les deux chefs d’État, suggérant que cet accord aurait davantage contribué à envenimer la situation qu’à l’apaiser. Jusqu’à présent, les deux accords – celui de Doha et celui de Washington – n’ont eu aucun effet concret sur le terrain. Les parties en conflit continuent de s’accuser mutuellement de violations répétées du cessez-le-feu.
La persistance des affrontements a pour principale conséquence de jeter des milliers de civils sur les routes, contraints de fuir la guerre sans la moindre assistance humanitaire. Ce déplacement massif entraîne une augmentation continue du nombre de personnes déplacées internes et de réfugiés, aggravant ainsi la crise humanitaire dans la région. Comme toujours, cette violence armée persistante s’accompagne de nombreuses violations des droits humains et de crimes de guerre imputables à tous les belligérants, soulignant la gravité de la situation et l’urgence d’une réponse adaptée pour la protection des populations civiles.
Faits Saillants
Évènements Détails Conséquences/Effets/Impacts
Processus de Paix Processus de Doha et de Washington : l’Accord-Cadre a été signé à Doha, suivi de la signature de l’accord de Washington dans la capitale américaine. • Avancée sur le papier, mais sur terrain les accords ne sont pas respectés, les parties s’accusant mutuellement de les violer,
• Absence totale de confiance entre les signataires.
Intensification des combats Offensive de l’AFC-M23 sur plusieurs fronts : Kaziba, Mwenga, Shabunda et Uvira • Plusieurs agglomérations passent sous contrôle de l’AFC-M23 : Kilungutwe, Kasika, Kaziba, Luvungi, Lubarika, Sange, Uvira, Kipupu, Makobola, …
Risque de régionalisation plus ouverte du conflit Le Rwanda et le Burundi sont à quelques pas d’une confrontation directe sur le sol congolais et/ou sur le territoire de ces deux pays. • Pour la première fois la guerre est aux portes de Bujumbura, alors que les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda occupent Uvira, ville frontalière du Burundi, créant une forte tension entre le Rwanda et le Burundi,
• Fermeture des frontières entre le Burundi et la RDC.
Crise humanitaire Déplacements massifs des populations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays ;
• Des dizaines de milliers de personnes ont été nouvellement déplacées à l’intérieur des territoires concernés par l’offensive en cours.
• Plus de 50000 nouveaux réfugiés congolais enregistrés au Burundi,
• Absence d’aide humanitaire et risque d’une catastrophe humanitaire dans différents camps de transit et ceux de réfugiés au Burundi,
• HCR-Burundi débordé et sans ressources nécessaires pour gérer la crise humanitaire ;
• Des populations des moyens et hauts plateaux de Fizi et Mwenga assiégés et privés de toute assistance humanitaire, notamment dans les villages de Minembwe,Mikenge, Ndondo et Kahololo et ses environs.
Violation des droits humains De graves violations des droits de l’homme et des crimes de guerre enregistrés. • Près d’un millier de civils sans armes tués au courant du mois de novembre et de cette première quinzaine du mois de décembre dans des zones durement frappées par les combats et dans des massacres et autres crimes de masse qu’on enregistre au quotidien dans les zones en proie à la violence armée ;
• 6 motocyclistes sommairement tués dans la ville de Bukavu par les éléments de l’AFC-M23 ;
• Risque accru de représailles des éléments de l’AFC-M23 contre des jeunes dans la région d’Uvira accusé de connivence avec les Wazalendo ;
• 79 personnes tuées par les éléments de l’AFC-M23 en guise de représailles aux attaques de Wazalendo contre les positions de l’AFC-M23,
• 57 personnes tuées à la suite des affrontements internes entre factions de Wazalendo et entre ces derniers et les FARDC,
• 379 cas de disparitions forcées notées au Nord et au Sud-Kivu.
Baromètre citoyen de la paix, de la sécurité et des droits humains : Rapport complet
1. Processus de Paix : avant Doha et Washington égale après Doha et Washington
Depuis plus de trente ans, les populations de l’Est de la RDC vivent dans la tourmente de la guerre. L’arrivée des processus de paix dits de Doha et de Washington avait ravivé l’espérance d’une fin prochaine à leurs souffrances, laissant présager que la paix allait enfin s’installer dans la région. Cependant, ces attentes s’effritent progressivement, laissant place à la désillusion au fil des jours. Pour rappel, le 15 novembre 2025, une étape importante avait été franchie avec la signature à Doha de l’ « Accord-Cadre » entre le Gouvernement de la RDC et le Mouvement AFC-M23. Ce document témoigne de la volonté de deux parties de mettre un terme, par la voie de la négociation, au conflit armé qui sévit actuellement dans l’Est du pays. Par cet engagement, le gouvernement et le mouvement rebelle ont affirmé leur détermination à poursuivre les discussions afin d’aboutir à la conclusion d’un accord global de paix.
Cet accord-cadre s’inscrit dans la continuité des engagements antérieurs entre les deux parties, notamment la déclaration de principes du 19 juillet 2025 et le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu signé à Doha le 14 octobre 2025.
Par ailleurs, dans le cadre du processus de Washington, l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda , validé par les ministres des affaires étrangères le 27 juin 2025, a été ratifié lors de la cérémonie officielle à Washington le 4 décembre 2025, sous la direction personnelle du Président américain Donald Trump en présence de plusieurs chefs d’État africains et représentants de l’Union Africaine.
Malgré la signature de plusieurs accords, la situation sur le terrain continue de se détériorer avec des affrontements répandus le long des différentes lignes de front du Nord-Kivu au Sud-Kivu. Au moment où le Président Trump, s’exprimant en tant que « Président de la Paix », a qualifié l’événement de marquant et affirmé avoir œuvré à la résolution d’un conflit vieux de plus de trente ans en Afrique, des violences étaient simultanément rapportées dans les localités de Kaziba (territoire de Walungu), Kamanyola-Luvungi, Walikale et Masisi, entraînant de lourdes pertes estimées en centaine parmi les civils. Les hostilités se sont poursuivies après la cérémonie à Washington, prenant une tournure préoccupante alors que les mouvements rebelles se rapprochaient de la ville stratégique d’Uvira, face à Bujumbura, capitale économique du Burundi . Les différentes parties impliquées dans le conflit se sont mutuellement accusées de violation du cessez-le-feu et de l’accord de Washington.
Dans son discours sur l’état de la Nation du 8 décembre, le Président Félix-Antoine Tshisekedi a publiquement attribué au Rwanda la responsabilité de la violation de l’accord de paix, quelques heures seulement après sa ratification .
La ville d’Uvira est passée sous le contrôle des éléments de l’AFC-M23 ce mercredi 10 décembre 2025. Cette évolution représente un point tournant dans le conflit armé en cours. En effet, Uvira occupe une position stratégique sur les plans militaire, politique et économique. Située juste en face de Bujumbura, capitale du Burundi, la ville dispose d’une frontière terrestre reliant Kamvivira (côté congolais) et Gatumba (côté burundais). Les échanges transfrontaliers y sont particulièrement dynamiques, stimulant ainsi les économies locales de deux pays. Toujours sur le plan économique, Uvira abrite le port de Kalundu, considéré comme le deuxième plus important du pays après celui de Matadi au Kongo-Central. De plus, la situation géographique d’Uvira sur le lac Tanganyika permet un accès privilégié aux provinces du Grand-Katanga ainsi qu’aux pays voisins dont la Tanzanie et le Burundi.
Uvira occupe également une position stratégique sur le plan militaire, car elle constitue un nœud logistique important pour les armées congolaises et burundaises lors de diverses opérations. Le Burundi, dont les troupes combattent aux côtés des FARDC, a déployé plus de 10 000 soldats dans les hauts et moyens plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga. Ces forces interviennent non seulement pour soutenir l’armée congolaise, mais aussi, et surtout, pour lutter contre les rebelles burundais de Red Tabara, alliés aux rebelles congolais Twirwaneho. Ce dernier groupe, qui représente la milice d’autodéfense de la communauté banyamulenge (les Tutsi congolais), est également membre de l’AFC-M23.
À la suite des affrontements dans la plaine de la Ruzizi et de la prise d’Uvira par l’AFC-M23, de nombreux soldats burundais ont fui les combats pour retourner dans leur pays. Plusieurs centaines de militaires, policiers et responsables congolais ont également traversé la frontière pour se réfugier au Burundi. Toutefois, quelques milliers de militaires burundais restent toujours présents en République démocratique du Congo, notamment dans les hauts et moyens plateaux de Mwenga, Fizi et Uvira.
Les rebelles de l’AFC-M23 ont diffusé un communiqué dans lequel ils demandent au Burundi de retirer ses forces, proposant l’ouverture d’un corridor humanitaire pour faciliter leur retour .
De son côté, le Burundi a affirmé sa volonté de maintenir ses troupes sur le sol congolais et de poursuivre les opérations aux côtés des FARDC, conformément au partenariat bilatéral entre les deux pays afin d’assurer aussi la sécurité de son pays, à en croire son Ministre des affaires étrangères, Édouard BIZIMANA . Ce durcissement des positions éloigne davantage toute perspective de paix. Dans les semaines à venir, la situation risque de rester instable, avec la poursuite des affrontements et une possible régionalisation du conflit.
Relevons que l’offensive de l’AFC-M23 actuellement en cours ainsi que les différents affrontements entre les belligérants sont extrêmement violents et meurtriers. Nos décomptes jusque là incomplets font état de plusieurs centaines de civils tués exclusivement dans les affrontements de Kaziba, Nzibira, Kiluguntwe, Sange, Kamanyola, Katogota, Luvungi, Rurambo, Lubarika, Uvira et Makobola. Ce bilan humain extrêmement lourd est dû à la violence des affrontements qui connaissent une utilisation extravagante des armes sophistiquées, de l’artillerie lourde, des drones kamikaze, des hélicoptères de combats et autres engins lourds.
Le Burundi ferme ses frontières avec la RD Congo et fait face à une crise humanitaire suite à l’afflux de réfugiés congolais
A la suite de la prise d’Uvira par les rebelles de l’AFC-M23 soutenus par le Rwanda, le Burundi qui est un fidèle allié du Gouvernement congolais a fermé toutes ses frontières avec la RDC, y compris le poste frontalier de Gatumba de l’autre côté de la ville congolaise d’Uvira .
Cette fermeture des frontières est pleine de conséquences sur le plan économique et humanitaire.
Sur le plan humanitaire, de nombreux congolais pris entre les feux de belligérants n’ont plus de possibilité de se réfugier au Burundi. Les plus courageux prennent des embarcations d’infortune pour traverser le Lac Tanganyika. Mais, une fois arriver sur le sol burundais toutes ces embarcations ne sont plus autorisées de rentrer au Congo. Ainsi, ce dimanche 14 décembre alors que les combats faisaient rage sur le littoral du Lac Tanganyika, de nombreux congolais se sont retrouvés entassés aux différents quais d’accostage dans les villages de Swima, Mboko, Makobola, Lweba mais sans embarcation ils n’ont pas pu se déplacer et se réfugier au Burundi. Cette situation est donc très inquiétante et expose des populations civiles à d’énormes risques et mettent même en péril leurs vies, ce qui est une atteinte au Droit international humanitaire.
Au meme moment ceux qui sont arrivés sur le sol burundais se retrouvent dans des conditions inhumaines dans des camps qui manquent de tout et de rien.
Entre les 9 et 10 décembre 2025, plus de 10 000 réfugiés en provenance de la République démocratique du Congo ont franchi la frontière Gatumba–Kavimvira, en province de Bujumbura .
A Gatumba comme à Cibitoke il se manifeste un besoin urgent de tentes, de toilettes et d’eau potable. Les réfugiés, livrés à eux-mêmes, passent la nuit à la belle étoile, exposés au froid, à la pluie et à l’insalubrité avec des risques des épidémies et maladies des mains sales. Les réfugiés ont besoin de tout .
Hommes, femmes et enfants, assoiffés, affamés et sans assistance, implorent l’intervention urgente des autorités burundaises et des organisations humanitaires. Leur cri de détresse souligne l’urgence d’une réponse rapide pour éviter une crise sanitaire et humanitaire plus grave .
Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés au Burundi affirme que des vagues de réfugiés ont commencé à affluer au Burundi à partir du 05 décembre 2025 et le cap de 40.000 personnes a été franchie en l’espace d’une semaine seulement et on note la présence de très nombreux enfants, des personnes du troisième âge, des femmes enceintes et même des blessés . Le HCR-Burundi se dit aussi dépourvu des moyens conséquents pour faire face à cette crise humanitaire étant donné que l’on est à la fin de l’année, ce qui correspond à la fin des budgets pour la plupart des organisations. Un appel urgent est donc lancé à tous les partenaires humanitaires afin de se mobiliser pour éviter que cette crise ne migre vers une catastrophe humanitaire.
Malgré les condamnations, les rebelles soutenus par le Rwanda poursuivent leur offensive.
Le Conseil de Sécurité s’est réuni en urgence ce vendredi 12 décembre à New-York et tous les pays ont condamné l’offensive de l’AFC-M23 soutenu par le Rwanda et exigé non seulement son arrêt, mais aussi l’arrêt du soutien rwandais suivi par le retrait de ses troupes du territoire congolais conformément à la Résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Les États-Unis d’Amérique par le biais de son représentant aux Nations-Unies, l’Ambassadeur Mike Waltz ont eu à pointer de manière très claire et sans équivoque le Rwanda indexant sa responsabilité dans la détérioration de la situation au Sud-Kivu et affirmant l’intention des USA de se server de tous les leviers en leur possession afin de faire respecter l’accord de Paix de Washington .
Le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf appelle lui aussi à la retenue face à l’escalade des tensions dans la région des Grands Lacs .
L’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les États-Unis d’Amérique, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et l’Union européenne, en tant que membres du Groupe de contact pour la région des Grands Lacs (ICG), présidé par l’Allemagne, ont ,dans un communiqué publié ce 09 décembre, exprimer leur profonde inquiétude face à la nouvelle explosion de violence dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et à la nouvelle offensive du Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, aux alentours d’Uvira (Sud-Kivu) proche de la frontière du Burundi, qui risque de déstabiliser l’ensemble de la région .
En dépit de toutes ces condamnations et menaces proférées en des termes clairs à l’endroit de l’AFC-M23 et du Rwanda, la situation sur le terrain ne cesse de se détériorer et les unités rebelles soutenus par les forces de défense rwandaises ( RDF) poursuivent avec leur offensive au Sud-Kivu.
Ce samedi 13 décembre, ils ont pris le contrôle de Kipupu, chef-lieu du secteur d’Itombwe dans les hauts plateaux de Mwenga.
Et ce dimanche 14 décembre ils se sont emparés du village de Makobola 1er à plus ou moins 15 km au sud de la ville d’Uvira. Après Makobola, ils ont poursuivi leur marche et s’approchent de la cité de Mboko dans le territoire de Fizi en direction de la ville de Baraka. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que les rebelles sont déterminés à poursuivre leur offensive et viseraient désormais de s’étendre vers la riche zone minière du grand Katanga où la ville de Kalemie, chef-lieu de la Province du Tanganyika serait leur prochaine grande cible.
Et de leur côté les FARDC ont poursuivi avec des bombardements à l’aide d’hélicoptères de combat et drones sur plusieurs villages dans les hauts plateaux de Fizi, notamment Gahwera, Mikenge,Rwitsankuku, Mubavusha et Rugezi.
Et au même moment des militaires qui ont fui devant l’ennemi à Uvira continuent leur replis et se dirigeraient en grande partie vers la ville de Kalemie.
2. Vers une régionalisation plus ouverte du conflit armé dans la Région des Grands Lacs.
Par son offensive de grande envergure en direction d’Uvira, l’AFC-M23, bénéficiant du soutien de l’armée rwandaise , intensifie un conflit qui présente des risques croissants pour la stabilité de la région des Grands Lacs. Bujumbura, située à proximité immédiate d’Uvira, est particulièrement exposée face aux avancées des rebelles. Les tensions politico-sécuritaires entre le Rwanda et le Burundi persistent depuis plusieurs années, exacerbées par l’échec du coup d’État militaire au Burundi en 2015, dont certains instigateurs se sont réfugiés au Rwanda. Le Burundi réclame régulièrement leur extradition comme préalable à une normalisation des relations bilatérales et à la réouverture des frontières, actuellement fermées. Par ailleurs, le Burundi accuse le Rwanda de soutenir des groupes armés opposés au pouvoir burundais, tels que les rebelles de Red Tabara, tandis que le Rwanda reproche au Burundi d’appuyer les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), qualifiées de génocidaires.
Le Rwanda et le Burundi se retrouvent maintenant impliqués en RDC : le Rwanda appuie les rebelles de l’AFC-M23 tandis que le Burundi combat aux côtés des forces armées congolaises dans le cadre d’une coopération bilatérale.
Jusqu’ici, les deux pays s’affrontaient indirectement lors de batailles à Goma ou dans le Kalehe, mais la nouvelle offensive dans la plaine de la Ruzizi, zone frontalière du Burundi et du Rwanda, risque de transformer ce conflit en affrontement direct, non seulement sur le territoire congolais mais aussi sur ceux du Burundi et du Rwanda. Ce conflit, concentré auparavant dans l’Est du Congo, pourrait désormais s’étendre aux territoires rwandais et burundais. D’ailleurs, le Burundi a déjà mis en garde contre l’attitude jugée belliqueuse du Rwanda, d’après son ministre des Affaires étrangères, qui refuse de retirer ses troupes du sol congolais.
Depuis Kisangani en juin 2000, jamais on n’a été si proche d’une confrontation militaire directe entre deux États étrangers sur le territoire congolais. Les prochaines heures et jours seront décisifs pour la suite des événements.
3. Aggravation de la crise humanitaire et persistance des violations des droits humains
Au cours de la période couverte par ce numéro du Baromètre Citoyen, les violations des droits humains se sont encore intensifiées, poursuivant la tendance alarmante observée les mois précédents. Dans les zones directement touchées par le conflit armé, la vie quotidienne des habitants a perdu tout sens, tant l’insécurité et la violence sont devenues permanentes.
Violations des droits humains commises par les milices Wazalendo
Dans les zones officiellement placées sous administration gouvernementale, la présence massive des milices Wazalendo continue de susciter une inquiétude croissante parmi les populations. Perçues par de nombreux citoyens comme une véritable bombe à retardement, ces milices imposent leur loi et multiplient les actes de brutalité à l’encontre des civils, allant des coups et fouets sous forme de torture et autres sévices corporels en passant par des arrestations arbitraires et des disparitions forcées jusqu’aux tueries et assassinats sommaires des personnes civiles qui n’ont rien à faire avec le conflit armé.
Les Wazalendo caractérisés par une indiscipline indescriptible et une absence de toute chaîne de commandement sont devenus de véritables bourreaux et s’érigent en violateurs des droits de l’homme.
Des barrières sont érigées un peu partout dans les zones sous leur emprise. À ces barrières, ils font payer des sommes d’argent à tout passant à pied tout comme par véhicule. Et lorsque le passant n’a pas l’argent, il lui est administré des coups de fouet comme à l’époque coloniale.
Des femmes ne sont pas épargnées par ces violences de la part de ces milices. Elles sont aussi publiquement fouettées et déshabillées. D’autres sont victimes de viols et d’autres de violences sexuelles en masse et devant leurs familiers.
Certains éléments de ces milices se livrent même au cannibalisme, mangeant publiquement la chair humaine dont certaines parties auraient des vertus fétichistes selon ces miliciens. En plus de ces violations des droits humains, les affrontements répétés entre diverses factions de Wazalendo et de fois contre les FARDC occasionnent des pertes énormes de vies civiles. Rien que pour le mois de novembre et la première quinzaine de décembre, nous en avons documenté 57 civils fauchés à la suite de ces affrontements au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Violations des droits humains commises par l’AFC-M23
S’agissant des zones sous contrôle de l’AFC-M23, la situation est toujours très préoccupante en matière de droits de l’homme.
Souvent victimes d’embuscades et d’attaques de leurs positions par les milices Wazalendo, les éléments de l’AFC-M23 se livrent à des actes de vengeance et de représailles en s’en prenant violemment aux civils qu’ils accusent d’être en connivence avec les Wazalendo.
Ainsi, des jeunes hommes sont sommairement abattus au seul motif qu’ils seraient de Wazalendo et/ou qu’ils collaboreraient avec ces derniers. Ces cas sont très récurrents dans les zones où ces miliciens sont actifs, c’est notamment dans le Lubero, Masisi au Nord-Kivu et dans le Kabare et Walungu au Sud-Kivu. Rien que pour cette période prise en charge par ce numéro du Baromètre, 79 personnes, des hommes exclusivement, ont été sommairement abattues par les rebelles prétextant qu’ils seraient des Wazalendo ou à la limite qu’ils travailleraient avec ces derniers. Des actes extrêmement graves et constitutifs des crimes de guerre. Ce chiffre va certainement s’accroitre avec les actes que nous documentons actuellement dans les zones nouvellement conquises par les rebelles dans le Territoire d’Uvira et Fizi.
Toujours dans les zones sous contrôle de l’AFC-M23, plusieurs autres violations des droits humains sont fréquemment enregistrées. Dans les villes de Goma, Bukavu et dans les autres entités, chaque samedi, il est interdit toute circulation de 8 h 00 à 11 h 00 ; tous les habitants sont appelés à exécuter des travaux communautaires dits « SALONGO ». Faute de s’y soumettre, les récalcitrants sont arrêtés, fouettés comme des animaux, torturés et entassés dans des cachots dans des conditions extrêmement inhumaines et, pour en sortir, leurs familles sont obligées de payer des amendes pouvant aller jusqu’à l’équivalent en francs congolais de 200 à 300 $. Cinq (5) cas de décès à la suite des bastonnades ont été documentés à Goma et à Bukavu.
Au même moment où les habitants sont soumis à ces corvées manuelles, ils sont aussi soumis à des contraintes fiscales de taxe d’assainissement. Les populations se demandent alors à quoi servent toutes ces taxes dites d’assainissement.
A Uvira, ville conquise par les éléments de l’AFC-M23, nos antennes locales rapportent plusieurs dizaines de cas d’exécutions sommaires, essentiellement des jeunes prétendument qualifié de Wazalendo et nous craignons que cela ne s’amplifie au fur et à mesure que les rebelles progressent dans des zones réputées favorables ou bastions des wazalendo,
4. Conclusion et Recommandations
a) Pamoja kwa Amani tient à exprimer ce qui suit :
• Aussi longtemps que les différents accords ne comporteront pas des mécanismes contraignants obligeant les parties prenantes au respect de leurs engagements, il serait illusoire de croire au retour de la Paix dans la région des Grands-Lacs où les dirigeants vivent dans une haine viscérale les uns contre les autres et sans aucune confiance mutuelle ;
• Les États-Unis d’Amérique et le Président Donald Trump en particulier sont en face d’un tournant historique. Ils sont appelés à la fermeté face au régime de Kigali qui doit impérativement mettre fin à son soutien à l’AFC-M23 mais également retirer toutes ses troupes de la RDC. Sans fermeté et mesures coercitives le Rwanda continuera à défier le monde entier, y compris le Président Donal Trump qui se veut le Président de la Paix. Il en va donc de son image personnelle ;
• Face à l’aggravation de la situation, l’heure est à la mobilisation de l’ensemble de la communauté internationale afin qu’une aide humanitaire d’urgence soit acheminée dans toutes les zones durement frappées par la guerre, notamment à Uvira où il s’observe une carence en intrants et médicaments de première nécessité alors que de nombreux blessés affluent de partout suite à l’offensive en cours, mais aussi dans les hauts plateaux autour de Minembwe et Mikenge où il est rapporté un blocus humanitaire aux conséquences incalculables. Il en est de même de l’assistance humanitaire à déployer en toute urgence au bénéfice de ces nombreux réfugiés congolais qui continuent à arriver sur le territoire burundais ;
• Le respect du Droit international humanitaire et des droits de l’homme est une obligation qui incombe à toutes les parties belligérantes et que des représailles contre des civils constituent des crimes de masse et des crimes de guerre qui exposent leurs auteurs à des poursuites devant des instances judiciaires nationales, régionales et internationales ;
• Face à l’aggravation de la situation avec des milliers de congolais qui continuent à mourir à la suite de cette guerre, le dialogue reste la seule voie royale pour mettre définitivement fin à cette crise. Si les voix de la société civile, dont Pamoja kwa Amani et les pères spirituels de la CENCO et ECC étaient entendues depuis bien avant la chute même de Goma et Bukavu par le régime de Kinshasa en acceptant d’organiser un dialogue national on éviterait à la Nation toutes ces pertes en vies humaines. D’où notre pressent et patriotique appel à toutes les parties, et au Président Félix-Antoine Tshisekedi en particulier, à faire de la tenue du dialogue national tel que prôné par la CENCO et l’ECC une priorité nationale afin d’éviter au pays son émiettement et des morts de trop ;
• Alors que la guerre fait rage dans les zones d’Uvira et Fizi, nous lançons un appel à toutes les communautés vivant dans ces zones à s’abstenir de tout acte/déclaration suicidaire pouvant faire sombrer ces entités dans des confrontations meurtrières. La vengeance et des représailles aveugles ne feront qu’aggraver la situation ;
• Les défenseur.e.s des droits de l’homme et les journalistes restent parmi les principales victimes de cette guerre. Ils sont régulièrement pris pour cibles par les belligérants à la suite de leur travail. Nombreux sont contraints de quitter leurs milieux de vie pour se mettre a l’abris, malheureusement dans des conditions très difficiles sans assistance escomptées. L’assouplissement des règles dans les procédures d’aide d’urgence aux DDH et journalistes en danger devrait caractériser toutes les organisations de défense des DDH et journalistes : ‘’ A des circonstances aussi graves et particulières, des règles assouplies et aussi particulières’’.
b) Recommendations:
a. Aux médiateurs américains et qataris :
• D’insérer dans les accords des dispositions juridiquement contraignantes et un régime de sanction clairement défini contre toute partie qui ne se conformerait pas aux différents engagements pris ;
• De concourir à l’inclusion des communautés locales via des regroupements de la société civile de l’Est dans les différents processus de paix afin de permettre un suivi public et citoyen la mise en œuvre desdits accords ;
• De mettre tout en œuvre afin d’obtenir des belligérants des garanties sécuritaires et leur coopération pour l’acheminement dans l’urgence de l’aide humanitaire pour soulager la souffrance des populations vulnérables durement frappées dans les zones de l’Est ;
• D’exercer une forte pression diplomatique sur le Gouvernement de la RD Congo afin qu’il œuvre plus pour la décrispation politique et accède au schéma de dialogue interne et inclusif tel que proposé par les Évêques, démarche que soutient sans équivoque Pamoja kwa Amani ;
b. A la République du Rwanda
• De mettre immédiatement fin à son soutien armé au groupe de l’AFC-M23 et de procéder au retrait de ses troupes du territoire congolais conformément aux accords signés et à la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies afin de concourir au retour de la paix, condition primordiale à tout développement de la sous-région des Grands Lacs ;
c. Au Gouvernement de la République démocratique du Congo :
• De respecter les lois de la République s’agissant des accords engageant le Pays qui doivent préalablement et de manière obligatoire être soumis au peuple congolais via ses représentants siégeant au Parlement ;
• D’œuvrer pour plus de redevabilité et de transparence dans tous les processus de paix et différents accords et deals miniers ;
• Prendre toutes les dispositions nécessaires et urgentes afin de mettre de l’ordre au sein de ses alliés, les milices Wazalendo.
d. A l’AFC-M23
• De mettre un terme à son offensive militaire en cours afin de donner plus de chances aux différents processus de paix ;
• De faire du respect des droits humains et du Droit International Humanitaire son cheval de bataille ;
Note éditoriale de Pamoja kwa Amani
Pamoja kwa Amani souhaite rappeler à l’opinion publique, tant au niveau national qu’international, que ses publications sont fondées sur des faits vérifiés et sont réalisées en toute indépendance en conformité avec les règles établies. Il est donc inapproprié de recourir à des menaces ou à des intimidations contre Pamoja kwa Amani et ses membres dans le but de les faire taire. L’organisation demeure résolue à défendre la paix, la sécurité, la justice, les droits humains et la cohésion sociale, tout en portant haut les attentes légitimes des communautés locales.